Le siècle identitaire de Ferhat Mehenni

 

En librairie le 18 novembre 2010

la fin des États post-coloniaux

Cinquante ans après la décolonisation, les anciens pays colonisés sont toujours dans l’ornière. À de rares exceptions près, ils n’ont su tirer profit de leur indépendance ni sur le plan économique, ni sur le plan politique. Ce ne sont pas les compétences de leurs dirigeants qui sont en cause, mais la nature même de ces États. Coloniaux ils sont nés, coloniaux ils demeureront jusqu’à leur extinction.

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Et nulle part cette tare originelle n’est aussi visible que ans le rapport qu’il entretiennent avec les peuples qu’ils abritent, devenus dans l’imaginaire colonial des “minorités ethniques” dont aujourd’hui encore l’existence est bafouée. Jusqu’au génocide parfois.

Il est urgent de passer à autre chose. Non pas en exportant, de force, la démocratie, comme ont voulu le faire les Américains en Irak, mais en admettant dans le concert des nations les peuples qui aujourd’hui luttent pour leur indépendance. Les pays issus de la colonisation ont déjà commencé à se disloquer. Ils vont donner naissance à d’autres pays, plus nombreux. On peut s’effrayer de cet émiettement qui, pour les tenants du statu quo géopolitique, va engendrer l’anarchie et le chaos. Pas de panique ! Si un peuple éprouve le besoin de son indépendance, au nom de quoi va-t-on l’en empêcher ?

Ferhat Mehenni :

Ferhat Mehenni est né en 1951.
ferhat-218x300 Fondateur du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, il en a été élu le président jusqu’au 31 mai 2010, avant d’assurer les fonctions de président du Gouvernement provisoire kabyle.

Fils d’un combattant de la guerre d’Algérie, Ferhat Mehenni entre à l’école primaire en janvier 1963 au centre de Chateauneuf, à Alger, qu’il quitte en 1965, pour celui de Larbaâ Nath Irathen où il reste jusqu’en 1969. Candidat libre au bac en 1971, il entre à l’Institut des sciences politiques de l’université d’Alger et découvre les différents courants idéologiques, berbéristes notamment, qui agitent la capitale. C’est de cette époque (octobre-novembre 1972) que date sa première rencontre avec celui qui deviendra son ami et compagnon de lutte, Saïd Saadi. Ensemble, ils participent à la publication d’une revue intitulée d’abord Taftilt « lumière » puis Itri « étoile », dans laquelle sont formulées des revendications culturelles et linguistiques.

En avril 1973, il participe au festival de la chanson algérienne, où il figure parmi les présélectionnés. Son groupe, inscrit sous le nom de Imazighen en provenance d’Illula Oumalou, deviendra par une faute de frappe Imazighen Imula. Avec d’autres chanteurs, Idir notamment, il contribue à la rénovation de la musique traditionnelle et pose la question de l’identité. Son répertoire est jugé subversif dans une Algérie muselée par le président Boumédiène. Il chante entre autres le déserteur de Boris Vian, l’Internationale en Kabyle. D’avril à juin 1976, il prend une part active aux débats houleux ayant précédé le référendum sur la Charte nationale en proclamant sa berbérité dans tous les meetings. Alors commencent ses démêlés avec la Sécurité militaire. Le 30 novembre, il est cueilli au saut du lit à la cité universitaire de Kouba, puis est relâché après une garde à vue de 24 heures.

En avril 1980, il est l’un des artisans du printemps berbère de Tizi Ouzou. Arrêté le 16 [2], il reprend ses activités d’animateur culturel avec Kateb Yacine dès qu’il retrouve sa liberté un mois plus tard, le 14 mai. Membre du Comité des enfants de chouhada, il est l’objet d’intimidations et de surveillance rapprochée. Son passeport lui est confisqué.

Le 30 juin 1985, il est parmi les fondateurs de la Ligue algérienne des droits de l’homme et membre de son comité directeur. Il est arrêté le 17 juillet chez lui à Azazga pour son appartenance à la ligue et pour avoir célébré en dehors des cortèges officiels l’anniversaire de l’indépendance. Incarcéré à la prison de Berrouaghia, il est jugé le 20 décembre 1985 et condamné à trois ans de prison plus une amende de 5 000 dinars. Après 21 mois d’emprisonnement, il est libéré le 27 avril 1987 par grâce présidentielle.

Le Mouvement culturel berbère[modifier]

En 1995, il renoue avec la politique à travers la création du MCB coordination nationale durant le boycott scolaire en Kabylie, en mars 1995, le clan présidentiel contacte Ferhat Mehenni, suite à l’enlèvement de Lounès Matoub, afin de négocier la reprise des cours : « Le général Betchine tenait à mettre fin au boycottage afin de s’assurer de la participation de la Kabylie aux élections présidentielle de 1995 ». En échange de concessions symboliques (création d’un Haut Conseil à l’amazighité chargé de « réhabiliter la culture berbère » et d’introduire la langue berbère dans les médias et l’enseignement », le régime obtient de Ferhat Mehenni qu’il appelle la Kabylie à mettre fin à la « grève des cartables ». Après avoir tenté, sans succès, de convaincre les animateurs du MCB-commissions nationales (tendance du Mouvement culturel berbère proche du FFS de Hocine Aït-Ahmed) de le suivre dans sa démarche, Mehenni annonce au journal télévisé qu’il vient de signer un accord avec le gouvernement et appelle les élèves de Kabylie à reprendre les cours. Mais la population, dont la revendication principale reste que le tamazight (langue berbère) soit reconnu comme une langue nationale et officielle, refuse l’accord passé entre le régime et Mehenni et accuse ce dernier de trahison.[réf. souhaitée]

Au mois de mai 1997, il démissionne du RCD pour cause de trahison envers les berbères, dit-il, explicitant : « Said Saadi a bien trahi la berbérité et la démocratie. II forme des gens contre les démocrates en général et le FFS en particulier ». En 1998, il sort un CD chez Izli intitulé : « Chants du feu et de l’eau ». Et depuis l’assassinat de Matoub Lounès, il a choisi d’être hors du jeu partisan même s’il continue de s’exprimer sur les grands problèmes de la société. Après son exil volontaire en France, il revient en janvier 1999 pour « redynamiser la mouvance culturelle berbère » et monnayer – sans succès – son implication dans la campagne électorale contre des garanties d’institutionnalisation de Tamazight[réf. souhaitée]

Le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie[modifier]

En 2001, suite aux violentes émeutes qui ont éclaté en Kabylie avril 2001 et avril 2002 (Printemps noir), il prôna comme solution à la sortie de crise dans laquelle se débat depuis l’indépendance de l’Algérie, l’autonomie régionale. À cet effet, il a fondé le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) au terme d’une réunion dans la commune de Makouda en Kabylie le 24 août 2001 [4]. L’assassinat de son fils aîné Ameziane, le 19 juin 2004 à Paris, qui n’a toujours pas été élucidé est selon lui très probablement lié à son engagement autonomiste[5].

Son intervention musclée lors du colloque Afidora à l’Assemblée nationale française, particulièrement médiatisée, a eu un important retentissement en Algérie. Il décrit les kabyles comme étant les « nouveaux juifs » et explique qu’il soutient l’intervention américaine en Irak par « solidarité avec les Kurdes »[6].

Dans un communiqué publié le 16 mars 2009, Ferhat Mehenni, annonce qu’il est la cible d’un mandat d’amener. Cette décision est prise par un juge d’instruction quand celui-ci demande aux forces de l’ordre de lui présenter une personne mise en examen, y compris par la force. Ferhat Mehenni cite un article d’Algérie News du 16 mars. D’après ses dires, la justice aurait été saisie par les autorités locales à Tubirett (Bouira, une ville au sud-ouest de la Kabylie) au sujet d’une marche étudiante du 20 avril 2008 attribuée au MAK[7]. L’information n’a d’ailleurs fait l’objet d’aucun démenti de la part du ministère de la justice algérienne.

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« Je me demande pourquoi ce n’est que près d’un an plus tard que cette instance judiciaire entreprend cette action contre moi, juste à la veille des élections présidentielles qui, au demeurant, ne passionnent personne au pays des Kabyles ? » s’interroge le leader autonomiste. En Kabylie, la totalité des organisations politiques appellent au boycott des présidentielles du 9 avril. Pour la première fois, les partis reconnus (FFS et RCD), les Aarchs (mouvement né durant les émeutes de 2001) et le MAK rejettent tous l’élection, même s’ils n’ont pas mis en place de stratégie commune. Le 20 février 2009, le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie avait déjà fait mention d’intimidations contre trois de ses cadres.

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